Vincent Louault, un maire qui refuse de baisser les bras

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Portrait À la tête de la commune de Cigogné (Indre-et-Loire) depuis 2014, Vincent Louault aimerait que la parole des maires soit davantage considérée par les représentants de l’État.

AFP PHOTO / GUILLAUME SOUVANT (Photo by GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Vincent Louault a été élu maire de Cigogné (Indre-et-Loire), petite commune de 430 habitants, au printemps 2014. Cet élu LR de 47 ans, également engagé au Conseil départemental d’Indre-et-Loire – en charge du RSA et de l’insertion – consacre à sa mairie une journée par semaine, « sans compter les rendez-vous demandés par les habitants », moyennant une indemnité mensuelle de 550 €.

La charge du maire croît d’année en année. « Cela demande beaucoup de travail personnel, souvent sous-estimé par les élus eux-mêmes, pour se mettre à niveau des normes », explique l’édile. Depuis le début de son mandat, il se sent corseté par « un État qui contraint, alors que le président de la République avait promis un État facilitateur ».Une nouvelle organisation territoriale source de complexité

Récemment, sa secrétaire de mairie a été arrêtée pendant six mois, ne supportant plus « les injonctions de la Trésorerie générale ». Il se serait bien passé des démarches administratives « interminables » pour son remplacement : « J’avais trouvé quelqu’un pour un contrat de deux jours, mais il a fallu que je signe un arrêté municipal. »

Partout autour de lui, Vincent Louault entend monter le mécontentement des maires ruraux, qui n’ont pas de mots assez sévères contre les transferts de compétences vers les intercommunalités. « Nous le vivons comme une perte de pouvoir, confie-t-il.

Au fond, nous ne voulons pas être réduits à uniquement entériner les décisions de la technostructure. »

Il a vu la loi NOTRe de 2015, sur la nouvelle organisation territoriale, se mettre progressivement en place « avec tout ce qu’elle comporte de complexité ». La compétence technique requise pour administrer une commune, quelle que soit sa taille, demande, selon lui, que « les nouveaux élus puissent bénéficier d’une formation obligatoire dans les six premiers mois du mandat ».Sentiment d’abandon

Vice-président de la petite communauté de communes Bléré-Val de Cher, il a assisté à la montée en puissance des EPCI (Établissement public de coopération intercommunale), ce qui ne lui déplaît pas a priori : « Mon père a été élu maire quand j’avais 5 ans (1). Il a toujours été un fervent partisan des intercommunalités, participant à la création de la communauté de communes de Loches pour faire contrepoids à la puissante ville, aujourd’hui métropole, de Tours ».

Mais, dans les faits, son petit village, qui emploie une secrétaire, un cantonnier et trois personnes dans la petite école élémentaire, n’a pas encore profité « des bénéfices » promis par les mutualisations de moyens.

Le sentiment d’abandon est encore plus fort quand il est confronté à des incivilités. Il se dit impuissant à faire respecter la loi : « Face à un dépôt sauvage de déchets sur un terrain communal, par exemple, je sais d’avance que les poursuites ne donneront rien, quand bien même on aurait identifié l’auteur. » Il regrette aussi que les gendarmes, « eux-mêmes submergés par la paperasse », ne prennent plus le temps de l’informer de ce qui se passe dans sa commune.

Combatif, cet exploitant agricole, qui a récemment été à l’affiche du documentaire On a 20 ans pour changer le monde (Hélène Médigue), briguera tout de même en 2020 un second mandat. Il est convaincu que son expérience lui sera utile dans « le rapport de force » qu’il a engagé avec l’État.

par  Xavier Renard, Guillaume Souvant

(1) Pierre Louault, son père, a été maire de Chédigny de 1977 à 2017. Il est aujourd’hui sénateur UDI.

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