Coopératives agricoles : le combat des Louault père et fils

LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE – Publié le 06/06/2019 à 04:56 | Mis à jour le 06/06/2019 à 07:28

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Pierre Louault."

Pierre Louault.© Photo NR

Vincent Louault."

Vincent Louault.© Photo NR

Les coopératives agricoles concentrent aujourd’hui 40 % du chiffre d’affaires du secteur agroalimentaire français."

Les coopératives agricoles concentrent aujourd’hui 40 % du chiffre d’affaires du secteur agroalimentaire français.© Photo NR

Avec le soutien de son fils Vincent, le sénateur Pierre Louault dénonce les “ dérives ” des grands groupes qui se développent aux dépens des producteurs.

Cette semaine est celle de la coopération agricole. L’occasion de mettre en lumière le dynamisme des 2.400 entreprises collectives auxquelles adhèrent trois agriculteurs sur quatre en France.
Depuis cinquante ans, on cite souvent en exemple ce modèle économique qui emploie 190.000 salariés et génère près de 85 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Toutefois, des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer la « boulimie » et les « dérives » des « mastodontes » du secteur qui s’apparentent de plus en plus à des grands groupes capitalistiques, en tournant le dos à l’esprit coopératif d’origine.
C’est le cas notamment de Pierre Louault qui a suscité un débat sur le sujet en début d’année au Sénat. « Le développement des coopératives agricoles ne répond plus forcément à leur vocation et à l’intérêt des coopérateurs. Plus elles sont grosses, moins elles payent leurs producteurs », constate l’élu du Lochois en déplorant que « la logique financière l’emporte sur une logique de filières, lesquelles deviennent de véritables nébuleuses ».
“ Plus elles sont grosses, moins elles paient les agriculteurs ” Pour développer son argumentaire, le sénateur Louault s’est appuyé sur un travail de fond réalisé par son fils Vincent, lui-même maire de Cigogné, exploitant agricole et grand spécialiste de l’utilisation des fonds européens dans l’agriculture. A travers plusieurs exemples, ce dernier a mis en évidence la « financiarisation du modèle coopératif » et « l’opacité » qui entoure tout particulièrement les comptes des filiales industrielles gérées par les grands groupes. « Ces filiales ont été créées pour transformer la production et apporter de la valeur ajoutée mais, aujourd’hui, leur contrôle échappe aux coopérateurs qui ne perçoivent pas leurs revenus », dénonce le conseiller départemental de Bléré.
A la tribune du Sénat, Pierre Louault a ouvertement remis en cause la gouvernance des coopératives agricoles et le rôle du Haut Conseil de la coopération agricole (HCCP) censé veiller au respect de la loi et du code rural. « Le ministère ne joue pas bien son rôle. Le coopérateur doit pouvoir décider où va l’argent », commente l’élu du Lochois en soulignant le poids du lobbying dans ce secteur d’activités. « Il faut plus de transparence et que les coopérateurs puissent avoir accès à la gestion des filiales », insiste son fils.
Depuis le débat ouvert au Sénat, Pierre et Vincent Louault ont pu constater combien leur discours pouvait gêner. « Les pressions sont fortes. On voit bien que cela dérange. » Cependant, les deux Tourangeaux refusent les amalgames et se posent clairement en défenseurs du modèle coopératif. « Il ne faut pas mettre toutes les coopératives dans le même sac. 90 % d’entre elles jouent bien le jeu et redistribuent leurs bénéfices aux agriculteurs. Les dérives concernent surtout les grands groupes » soulignent-ils en citant l’exemple de la laiterie de Verneuil. « Une coopérative à taille humaine qui a fait le pari de la vertu. »

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